Nous demandons des moyens à la hauteur des enjeux!

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LETTRE OUVERTE

A l’attention de :

Monsieur Le Président de la République

Monsieur le Premier Ministre

Madame la Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et des Droits des Femmes

Monsieur le Directeur Général de l’ARS

Madame la Directrice du Centre Hospitalier de St-Denis

Monsieur le Président du Conseil Régional d’Ile de France

Monsieur le Président du Conseil Général de Seine Saint-Denis

Mesdames, Messieurs Les Maires

Copie :

Mesdames et Messieurs les parents de Seine Saint-Denis

****

Saint-Denis, le jeudi 4 juin 2015

Mesdames, Messieurs,

Nous tenons à vous alerter par cette lettre ouverte sur la situation dramatique que rencontrent actuellement les enfants et les adolescents de Seine-Saint-Denis, ainsi que leurs familles. Ils sont en effet confrontés aux diminutions drastiques et répétées des moyens attribués aux soins psychiques dans leur département (Centres Médico-Psychologiques, Hôpitaux de jour, Centres Accueil Thérapeutique à Temps Partiel).

A ce jour, un enfant, en souffrance psychique, et ses parents, attendent au minimum 7 mois avant que les structures de soins à qui ils ont fait appel puissent les recevoir pour évoquer leurs difficultés (les moyens financiers de ces parents ne leur permettent pas de consulter en libéral, ni de s’adresser à un autre secteur de pédopsychiatrie). Nous vous annonçons solennellement que nous ne pouvons donc plus assurer nos missions de service public.

Pourquoi ces délais humainement et éthiquement inacceptables ?

Parce que l’Agence Régionale de Santé, et le Centre Hospitalier de St-Denis, sous la tutelle du ministère de la santé, ont décidé depuis quelques années, et de manière unilatérale, d’amputer les moyens humains et financiers dédiés aux structures de soins de psychiatrie infanto-juvénile, au mépris de la réalité des besoins. A titre d’exemple, 400 familles sont actuellement en demande de soins et ne peuvent être reçues. Pire, on assiste à un accroissement de la demande de soins, alimentée tout autant par l’augmentation de la natalité dans le département (+30 % sur 3 ans), qu’à la complexification, et l’aggravation des problématiques liées à la précarité de cette population (accroissement du chômage, flux migratoires…).

Les conséquences sont très graves pour ces enfants et leurs parents, et elles sont à lire à plusieurs niveaux.

Pour l’enfant tout d’abord, sa prise en charge tardive par nos institutions démultiplie et aggrave son retard d’apprentissage et de socialisation de manière parfois irrévocable.

Pour les parents ensuite, l’incurie de l’Etat, que l’institution représente, a pour effet d’accroitre leur sentiment de rejet et d’abandon face à un désarroi avec lequel ils n’arrivent plus, à juste titre, à composer.

Pour la collectivité enfin, cette situation fracture les institutions de protection de l’enfance, mais aussi sociales, médicales, voir judiciaires, à cause des passages à l’acte répétés qu’elle produit. Ils auraient pourtant pu être limités, voire évités, par une prise en charge précoce.

Nous, professionnels du soin psychique le savons bien : là où un enfant ou un adolescent n’est pas écouté dans sa parole, il se fait entendre généralement par un passage à l’acte, soit contre lui-même (suicide, par exemple), soit contre son environnement (école, famille, proches). Un passage à l’acte dont le coût budgétaire pour notre société est autrement plus élevé que celui auquel prétendent remédier les réductions de postes ou des érosions salariales ridicules au regard des enjeux. Un enfant en souffrance psychique est susceptible de devenir un futur adolescent aux prises avec les questions d’échec scolaire, de toxicomanie, de délinquance, voire de violences adressées à la société. Une société dans laquelle il ne trouvera pas sa place et que, à défaut de pouvoir adopter, il combattra s’il n’a pas été écouté et accueilli dans la singularité de sa souffrance, lorsqu’il en a fait part.

Nous en serons alors collectivement responsables, nous, les citoyens de ce pays, si nous n’agissons pas aujourd’hui, et vous, les responsables politiques, en premier lieu !!!

Est-ce là ce que vous voulez pour notre pays et notre jeunesse?

Il suffirait pourtant d’un investissement minime au regard de ces enjeux financiers et sociétaux, pour traiter le problème à sa source : création de postes de cliniciens sur le secteur de Seine-Saint-Denis, et application stricte de la loi de la part de l’hôpital. Celle-ci est actuellement allègrement transgressée (non titularisation des contractuels, dissimulation et rétention des versements de prime GIPA, gel des changements d’échelon…).

Dès lors, comment faire entendre la loi auprès des enfants que nous recevons, eux qui ont tant de difficultés à l’accepter, alors que l’État ne la respecte pas envers nous, ses collaborateurs précaires malmenés ?

Nous vous adressons la question…

Elle dépasse largement, vous l’aurez deviné, le seul cadre de notre problématique, mais touche aux enjeux même de la conception de notre société !

C’est bien pour toutes ces raisons que nous, professionnels du soin psychique des enfants, des adolescents et des parents de Seine-Saint-Denis, nous nous opposons désormais vigoureusement aux réductions de moyens que nous subissons de la part du Centre Hospitalier de St-Denis, de l’ARS, du ministère de la santé, et demandons :

  • La création de postes de soignants et autres professionnels (pédopsychiatres, psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, assistants sociaux…) et de structures adaptées à la hauteur des enjeux ;
  • Le maintien du Centre de jour de Saint-Denis par la modification du statut de ses salariés (de CDD en CDI) ;
  • La titularisation de l’ensemble du personnel de pédopsychiatrie, afin d’éviter que l’offre de soins soit comme aujourd’hui la variable d’ajustement de politiques d’austérité (via la suppression des postes contractuels) ;
  • Le respect des changements d’échelon et l’indexation salariale qui leur est liée ;
  • Une supervision de notre exercice clinique par des psychanalystes ;
  • Le respect de la nature de notre activité, qui ne peut se résumer à un simple acte médical quantifiable objectivement, mais procède d’une relation subjective entre le patient et son clinicien, qui par ailleurs nécessite la prise en compte de certaines conditions de temps, et de permanence dans le lien, indispensable à la cohésion des équipes, et partie intégrante de la dimension thérapeutique. Dans notre domaine d’intervention, la rupture du lien équivaut à une mise en danger. Qu’elle soit le fait de décisions administratives et gestionnaires est un scandale sanitaire.

Nous espérons que vous saurez entendre notre cri du cœur et notre colère, devant l’abandon de la mission principale de l’État, venir en aide aux citoyens en difficulté pour favoriser le vivre ensemble, abandon dont nous sommes les témoins horrifiés et révoltés, mais plus sans voix désormais! Sachez-le!

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et des Droits des Femmes, Monsieur le Directeur Général de l’ARS, Madame la Directrice du Centre Hospitalier de Saint-Denis, Monsieur le Président du Conseil Régional d’Ile de France, Monsieur le Président du Conseil Général de Seine Saint-Denis, Mesdames, Messieurs les Maires, en nos salutations courroucées et indignées par le manque de respect dont fait preuve notre administration pour les enfants, les adolescents et les parents que nous recevons, et pour les efforts que nous leur consacrons.

Le collectif du personnel du secteur 93I01 de psychiatrie infanto-juvénile https://intersecteur93delafontaine.wordpress.com/

Les 1000 premiers signataires

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4 commentaires

  1. imene · juin 7, 2015

    De tout coeur avec vous

    Aimé par 1 personne

  2. BENRAIS · juin 10, 2015

    .

    J'aime

  3. Alexis RIDRAY · juin 13, 2015

    Laisser des gens sans prise en charge médicale pour faire des économies, est proprement intolérable !

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  4. Julien · juillet 8, 2015

    Il faut combattre cette injustice et que les usagers de ce territoire accèdent aux memes droits et services qu’ailleurs. La Responsabilité des politiques est engagée, ils savent!! Courage à vous! Tout mon soutien.

    J'aime

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